Tendresses - 1900 - Augustin de Vialar
Il neigeait de l'avril dans la lumière blonde,
Et le soleil planait parmi les flocons bleus;
Les cétoines s'aimaient dans les roses profondes,
Et les roses chantaient le long des chemins creux!
*
C'est ce jour là, Manon, que tout seuls à la ronde,
Nous errions dans les bois, comme nous amoureux;
Héroïne des temps des rois et de la Fronde,
Tu marchais devant moi d'un air aventureux!
*
Or, Manon, c'est ce jour, enfin comme une aurore,
Que mon cœur te parlant d'amour et de beauté,
Je t'ai pris un baiser que l'écho trop sonore
Refléta longuement dans le bois enchanté!
Et mes lèvres en ont le doux parfum, encore,
Comme un parfum d'orage après un jour d'été!
La Revue Algérienne - B.N Fr Mitterrand
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1903 - L'habitude
La tranquille habitude aux mains silencieuses
Panse, de jour en jour, nos plus grandes blessures;
Elle met sur nos cœurs ses bandelettes sûres
Et leur verse sans fin ses huiles oublieuses;
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Les plus nobles chagrins, qui voudraient se défendre,
Désireux de durer pour l'amour qu'ils contiennent,
Sentent le besoin cher, ce dont ils s'entretiennent
De venir, malgré eux, moins farouches et plus tendres.
*
Et chaque jour, les mains endormeuses et douces,
Les insensibles mains de la lente Habitude,
Resserrent un peu plus l'étrange quiétude
Où le mal assoupi se soumet et s'émousse......
A. Angellier - le Chemin des Saisons
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